samedi 26 mai 2012

Spécial Festival de Cannes 2012
Arditi et Azéma, au comble de leur sobriété..

VOUS N'AVEZ ENCORE RIEN VU d'Alain Resnais

Tout commence avec l'appel téléphonique d'un homme qui annonce à chacun des comédiens du film une mauvaise nouvelle. Sur un mode extrêmement répétitif, on découvre alors les treize acteurs qui, un à un, répondent et écoutent l'inlassable même phrase de leur interlocuteur. Autant dire que d'entrée de film, on est sceptique. Car si la redondance peut faire sourire les six premières fois, au bout de dix, elle exaspère. Et lorsque les invités/comédiens interprétant leur propre rôle débarquent dans la demeure où Antoine d'Anthac - leur ami dramaturge décédé - les a conviés, nous assistons à nouveau au procédé de répétition avec l'ouverture de la porte principale et son franchissement par chacun d'eux. Étrange processus que celui choisi par Resnais, heureusement cela s'estompe par la suite. 

On découvrira plus tard l'original concept de "Vous n'avez encore rien vu" et sa mise en abyme de "Eurydice" : la pièce d'Anouilh est jouée à la fois par la compagnie de la Colombe - au cours d'un film dans le film - et par les acteurs du long-métrage de Resnais, qui passent du rôle de spectateur à celui d'interprète. L'idée est certes brillante, mais c'est dans sa conception et surtout dans le jeu des comédiens que le bât blesse. Car l'image de synthèse, avec les décors de la gare notamment, est trop visible, et l'on peut se demander pourquoi le réalisateur privilégie le studio et les fonds verts plutôt que l'extérieur. Ensuite car Lambert Wilson et surtout Sabine Azéma - qui font partie des acteurs principaux - ne sont pas très convaincants. Leurs prestations respectives d'Orphée et Eurydice manquent de justesse et de sincérité, et dans les moments dramatiques, le décalage involontaire fait sourire. Heureusement Pierre Arditi et Anne Consigny réhausse le niveau, tandis que les jeunes de la compagnie de la Colombe sont tout à fait à la hauteur. 

Dans la salle de cinéma, quelques dormeurs ; signe qui ne trompe pas quant à l'implication du spectateur. "Vous n'avez encore rien vu" est donc trop prétentieux, par son titre tout d'abord, puis dans son ambitieux projet de garder des comédiens expérimentés sur le devant de la scène alors qu'ils se reposent sur leurs lauriers et que la nouvelle génération a faim ! Le comble du mauvais goût s'affirme dans la séquence finale, lorsque les acteurs s'auto-congratulent et que s'ensuit un retournement de situation totalement inutile.

R. Pignon

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