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dimanche 14 juillet 2013

Pantiero 2013


Samedi 13 Juillet à 20h30 
Rencontre avec GRIEFJOY



A l'occasion de la douzième édition du festival Pantiero à Cannes, les quatre niçois ex-Quadricolor devenus Griefjoy nous expliquent leur mutation. Rencontre détendue dans le Palais des festivals avec Guillaume Ferran (chant, piano), Billy Sueiro (guitare, synthé), David Spinelli (basse, synthé) et Romain Chazaut (batterie).  


Vous retrouvez la maison, à la fois la Côte d'azur mais aussi Pantiero, où vous êtes déjà passés il y a trois ans sous un autre nom. Qu'est-ce qui a changé depuis Quadricolor ? 

Guillaume Ferran : C'est cool de revenir, c'est un festival qu'on avait aimé faire à l'époque, et aujourd'hui on revient avec un nouveau projet qui nous tient plus à cœur, et qui nous rend plus confiants. On a l'impression de vraiment faire ce qu'on voulait faire depuis des années. 

Qu'est-ce que vous écoutez en ce moment ? 

G.F : Vu qu'on est entrain de préparer des soirées en dj set, on écoute beaucoup de choses en ce moment, notamment Trentemoller, on aime la façon dont il fait de la musique, on aime son approche. En électronique j'écoute beaucoup Flume en ce moment.

Billy Sueiro : Je réécoute Tame Impala, j'aime beaucoup ce qu'ils font, ils me font penser aux Beatles. D'autant plus que j'étais passé à côté du dernier album. Il y a un bel arrangement. On écoute aussi Local Native, Phoenix... 

On retrouve cette couleur californienne dans vos chansons : la structure est plus développée et laisse une place prépondérante à la batterie, qui s'épanouit dans des rythmiques plus épiques. D'où vous vient cette nouvelle texture ?  Etes-vous partis aux États-Unis entre Quadricolor et Griefjoy ? 

B.S: On a changé le jeu de Romain [Chazaut ndlr], qui parvient à faire ce qu'il sait faire avec ce projet-là, puisqu'à la base, c'est un batteur de jazz. C'était intéressant de faire du jazz par-dessus des samples électros.

G.F : On s'est dit qu'avec Quadricolor on ne se servait pas de toutes nos qualités. On a essayé d'y ajouter de la cohérence, que ça ne parte pas dans tous les sens, de puiser dans toutes nos références et dans tout ce qu'on a appris, et surtout de le faire intelligemment. 

Il y a plus de synthés aussi... 

G.F : Oui, mais c'est parce qu'en grandissant on a écouté plus de musique électronique. Après on ne veut pas forcément mettre du synthé partout. On aime le synthé juste, le synthé qui ne va pas forcément prendre toute la place. 

Vous êtes l'un des groupes les plus prometteurs du moment, vous avez gagné de nombreux prix Jeune Talent, et forcément on est dans l'attente d'un premier album qui semble-t-il, est prévu pour septembre 2013. Avez-vous plus de précisions quant au titre, au nombre de pistes, si les morceaux de l'ep figureront dans ce premier opus ?

G.F : L'album est prévu pour le 23 septembre, et on ne va pas tarder à annoncer le titre. On aime bien étayer les infos petit à petit. 

B.S : On a deux morceaux bonus, mais on ne sait pas encore comment on va présenter la chose... 

David Spinelli : Ce qui prouve que l'album est d'une grande qualité... (rires)

Il y aura des reprises, comme avec Quadricolor ? 

G.F : Non, on a décidé d'arrêter les reprises, cela nous collait trop à la peau. On a envie d'envoyer un message clair aux gens, on veut composer, faire notre propre musique. 


Pensez-vous qu'il y a une sorte de « scène niçoise » qui est en train d'émerger, à l'image de ce qui a pu se produire à Reims, ou à Versailles ? 

D.S : Je ne pense pas, sans être méchant envers notre région. 

G.F : Le problème c'est que Nice n'est pas une ville universitaire, une ville où il y a beaucoup de jeunes. Même s'il y a quelques groupes qui marchent bien, ils ne sont que trois ou quatre, et le reste ne joue que dans les pubs etc... Et quand on voit qu'à Pantiero l'affluence n'est pas maximale... C'est un problème de culture, ici il n'y a pas cette culture de concerts ou de festivals, alors que dans d'autres régions, comme en Bretagne, même si tu n'es pas connu, les gens t'acclament comme si t'étais les Arctic Monkeys ! 

Vous sortez des Eurockéennes, et vous vous retrouvez quelques jours plus tard en première partie de Pantiero. Choix de cœur ? N'auriez-vous pas préféré jouer plus tard ? 

G.F : On est content tout le temps ! (rires) 

D.S : De toute façon on avait une soirée à 22h, donc cela tombe parfaitement bien ! (rires)

G.F : De toute façon quand on revient ici on a nos amis proches qui viennent nous voir, il y a un petit côté « concert de famille ». 

Vous avez d'autres dates prévues cet été ? 

D.S : Oui il y a la Suisse, la Belgique, l'Angleterre... 

B.S : L'Angleterre c'est en Novembre, et c'est une grosse info : on sera au Lexington à Londres ! C'est une bonne chose parce qu'on va pouvoir confronter notre musique à un public anglo-saxon. 

Il y a aussi cette rumeur qui court comme quoi vous vouez un culte aux Pussy Riot... 

D.S : (rires) C'est incroyable comme une phrase qui n'a aucun sens peut nous suivre... 

C'est votre côté punk ? 

D.S : (ironique) Ça m'avait touché cette histoire... mais je les confonds toujours avec ces femmes qui montrent leurs seins... (rires)

G.F : Non mais ce sont des gens qui ont des idées fortes, et on respecte ce genre de personnes. 

D.S : On va peut-être finir par montrer nos seins ! (rires)


Propos recueillis par Benjamin Cerulli


samedi 31 mars 2012

"Revolver"














REVOLVER 




Le Crabe des Arts : Revolver, comment vous êtes-vous rencontrés ?

Christophe Musset :
On s'est rencontré au collège, Ambroise et moi, mais avec Jérémy ils se connaissent depuis tout petit, ils étaient ensemble à la maîtrise de Notre-Dame de Paris. On a commencé à jouer tous les trois, et à ce moment là on a trouvé ce son acoustique qui fonctionnait bien, basé sur un trio, deux acoustiques, le cielo et trois voix ; à partir de là on a fait notre première maquette.

LCDA : Le nom de votre groupe est issu d'un poster des Beatles, qui se trouvait dans la chambre d'Ambroise à l'époque.

Ambroise Willaume : C'était l'un des Revolver Sessions. On trouvait que c'était cool d'appeler notre groupe ainsi, on pensait que ça n'avait pas encore été fait. Mais en fait il y en a plein ! (rires) Mais pas en France cela dit ! C'est aussi un bon contraste entre la violence du mot et notre musique, qui est très douce.

LCDA : Cette référence aux Beatles s'arrête à cette affiche ?

C.M : Actuellement, je ne m'amuserais pas à chercher dans notre musique, chaque référence aux Beatles ; c'est un groupe qui a créé un nouveau langage musical, et aujourd'hui tu ne peux pas faire semblant de l'ignorer, c'est un socle pour n'importe quel musicien au monde.

A.W : On nous a souvent parlé des Beatles parce qu'on s'appelle Revolver, mais finalement notre musique est plus inspirée de groupes comme Simon et Garfunkel, les Beach Boys, ou Elliot Smith. Au début, on avait mis Elliot Smith en figure à suivre, il nous a beaucoup inspiré. Les Beatles restent une base.

LCDA : Expliquez-nous le concept de « pop de chambre ».

A.W : C'est un terme qu'on a inventé au début. C'était par rapport aux premiers concerts que l'on faisait, qui étaient totalement acoustiques, sans micro ; on jouait chez des amis, dans des cafés... Un ami m'a dit que cela lui faisait penser à de la musique de chambre, pop. C'est comme ça qu'on a trouvé ce concept de « pop de chambre », qui nous définissait parfaitement.

LCDA : C'est cela qui vous a amené à jouer dans des chambres d'hôtels, des salons d'appartements...

A.W : Oui, au départ on jouait n'importe où, on a même joué dans un magasin de vélo ! C'est génial, on ne demande que trois chaises, on se met dans un coin et on joue quelques morceaux.

C.M : Et puis c'est aussi intéressant en tournée, car tu as toujours le temps de te faire un petit showcase. C'est bien d'avoir les deux : le côté intimiste, et le soir sur scène où on branche nos amplis, et où on fait des variations, c'est totalement différent.


LCDA : Votre premier album a été un grand succès : cent mille exemplaires vendus, deux nominations aux Victoires de la musique, salué par la critique... Comment vit-on toute cette effervescence quand on est aussi jeune ?

C.M : On avait jamais démarché de maison de disque. On en était à peine au stade des maquettes sur Myspace que E.M.I nous contactait. Après on est allé de surprise en surprise ; l'album, la radio, et puis un jour on nous téléphone pour nous dire qu'on est nominé deux fois aux Victoires de la Musique...

A.W : On n'a pas eu le temps de réaliser, tout est allé très vite, et nous étions toujours en tournée, cela ne nous laissait donc pas le temps de nous guetter à la télé. On passait notre temps à faire des concerts, et les concerts te ramènent bien à la réalité : un jour tu vas faire un festival où tu vas jouer devant cinq mille personnes, et où tu as l'impression d'être les Gun's and Roses, et le lendemain tu vas faire un concert dans un petit endroit, devant quinze personnes, et où tu te dis que ce n'est pas gagné. En tournée tu passes très vite de haut à bas, et c'est ce qui t'aides à garder la tête froide.

LCDA : Music For a While était un mélange de pop folk et de musique classique, aux harmonies très adoucies, alors que votre deuxième album est plus rythmé et plus fourni en arrangements ; est-ce qu'on peut dire qu'il sonne l'heure de la maturité pour Revolver ?

C.M : La maturité c'est plutôt le moment où tu en es à ton septième album, où le groupe de rock débranche les guitares pour faire un album acoustique... En ce qui nous concerne, la maturité était donc plus sur le premier ! (rires)

A.W : On a surtout beaucoup évolué, au niveau des effets, des textures... C'est un album qui s'est écrit sur la route en fait, dans des bus, dans des chambres d'hôtels, alors que le premier a été fait dans notre chambre. Entre nos deux albums, on n'a fait que tourner, il n'y a jamais eu un moment où nous avons pu nous poser sur Paris.

C.M : Ce qui change surtout c'est que la place de la batterie a changé, et puis que nous avons commencé à intégrer une basse pour libérer le cielo, qui était un peu contraint par son rôle de basse, et pour qu'il puisse redevenir un violoncelle.

Propos recueillis par Benjamin Cerulli

vendredi 3 février 2012

Johanna Piraino






JOHANNA PIRAINO

Un coup de plumeau dans le piano du pauvre 

Les notes de son accordéon virevoltent, son chant caresse les tympans, ses histoires titillent l'auditoire... Le monde musical de Johanna Piraino est un condensé de bonne humeur, au son singulier, qui en pince pour les rimes ! Dépoussiérage en perspective de l'accordéon qui trouve une nouvelle dimension et balaie sa réputation d'instrument au son grinçant et antique pour fusionner parfaitement avec le chant et la contre-basse qui l'accompagnent. 

Tout est harmonieux dans ces morceaux dynamiques et enlevés aux mélodies variées et caractéristiques. Une douce nostalgie plane sur certains titres habillés par le son du "piano du pauvre" qui permet une étonnante diversité d'intonations. La voix ferme et sucrée de Johanna pimente et rafraîchit le tout à travers des histoires anecdotiques, contées avec humour et légèreté !

(entretien à retrouver dans le Crabe des Arts du mois de Février 2012)

Son album : "Echappée belle"
disponible à la FNAC, HIT IMPORT , SONIC
et sur Internet et sur www.lehublot.net

mercredi 9 novembre 2011

Cyrielle VOGUET


























CYRIELLE VOGUET

Comédienne parisienne (actuellement dans "L'Impromptu de Versailles" de Molière au théâtre National de Nice, jusqu'au 19 Décembre)



Peux-tu décrire les différentes étapes de ton parcours de comédienne ?

J'ai commencé par faire une école de réalisation cinéma (EICAR), pendant laquelle j'ai réalisé 3 courts-métrages. Pendant la deuxième année, j'ai pris un cours du soir, choisit par hasard en bas de chez moi. J'ai rencontré Fabrice Heberhard qui m'a d'abord proposé de suivre des cours avec les comédiens de sa troupe, puis d'intégrer sa troupe dans des petits rôles, puis de plus gros rôle. Nous jouions à Collioure où il a monter un festival: "le festival Molière à Collioure", nous jouions des farces de Molière dans la rue, gratuit pour tout le monde et un gros spectacle dans la cours du château (Molière, toujours). J'ai suivi cette troupe pendant trois ans, puis j'ai commencé des cours professionnels : "les ateliers du Sudden théâtre dirigé par Raymond Aquaviva, que j'ai dû arrêter pour partir faire les tournage de "Coeur océan". 
 J'ai ensuite retrouvé un ami, Vincent Rivard, rencontré trois ans auparavant à l'occasion d'un court-métrage. Il sortait de la section mis en scène de l'ENSATT (dirigé par Anatoli Vassiliev) et m'a proposé de joué un monologue écrit par lui et pour être joué dans les bars, "Pourquoi pas moi" pendant un an et demi. Ce fut un grand succès et un grand apprentissage pour moi, la vraie école du jeu!!! Il me proposait une nouvelle méthode de travail plaçant l'acteur au centre de la création, c'était un vrai bonheur. Nous avons ensuite créé un autre spectacle avec lui et une comédienne sortant de l'ENSATT, créé à partir de textes de lui déjà existants et d'improvisation: "La réalité n'existe pas", qui est un spectacle qui peut se jouer dans les bars , ainsi que dans les théâtres. Nous continuons à le jouer encore aujourd'hui. 
Ce même Vincent m'a parlé d'un stage que faisait un des metteurs en scène de sa promotion de l'ENSATT, et c'est comme ça que j'ai rencontré Cyril Cotinaut. Le stage consistait à travailler sur les figures mythologiques grecs. On travaillait en études (impros très precises sur l'action de la pièce) pour trouver le sens, l'essence des pièces. 
On travaillait tous, tous les rôles, on cherchait tous ensemble. C'est comme ça qu'est née ELECTRE, nous avons continué à travailler, puis nous avons joué en février dans l'est de la France (TGP de frouard) et dans dans le sud (St Laurent du var, Nice). 



Qu'est-ce qui t'a donné envie de monter sur les planches ? De diriger ta vie vers le théâtre ?


Je ne me rappelle plus vraiment. Je sais que ma mère m'a fait faire du théâtre quand j'étais gamine parce que j'étais très timide. J'ai continué jusqu'au bac à la comédie de St étienne, puis en arrivant à Paris j'ai arrêté un an et ça m'a vraiment manqué, je crois. Je pense que les premières envies d'être comédienne sont toujours fausses, car c'est un métier sur lequel on fantasme beaucoup, mais en le faisant on se rend compte que l'intérêt n'est pas là où on l'attendait.





 Tu as fait pas mal de la télévision notamment sur la série Coeur Océan, que t'a apporté cette expérience ?


Je n'ai pas beaucoup aimé cette expérience. J'aime le travail en profondeur, lorsque l'on s'interroge, que l'on cherche.



Que recherches-tu en faisant du théâtre ? Dans Electre mis en scène par C. Cotinaut, tu incarnes un personnage excessivement déchiré, et pourtant la comédienne que tu es apporte une distanciation évidente au rôle. Comment as-tu travaillé ce personnage ?


En faisant du théâtre, je cherche à ce que ça vienne bouleverser quelque chose en moi, et pour les spectateurs. Je pense que le théâtre fait grandir. Il vient casser des certitudes, amène à penser différemment, se confronter à des choses auxquelles nous n'aurions jamais pensé. Sortir des problématiques de sa petite personne pour élever le débat et le transmettre. Avec Cyril Cotinaut, nous avons d'abord travaillé à chercher quel était le grand thème de la pièce. Pour cela nous avons fait des études, tout le monde jouait tous les rôles, nous cherchions tous ensemble comment chaque figure venait apporter quelque chose à ce thème. Dans le travail avec Cyril on part vraiment de nous, de ce que l'on est, de ce que l'on pense et on essaie petit à petit de tous parler de la même chose. On est venu vers le texte assez tard à partir du moment ou les mots de l'auteur devenaient essentiels. Nous avons également cherché la distance juste. Il est clair qu'on ne peut pas jouer cette pièce sans aucune distance, sinon on se fait trop mal, et je ne pense pas que le texte soit écrit pour cela ni que ce soit intéressant. Le plus important est de faire entendre le propos, s'amuser avec les figures qui nous sont proposées, dénoncer leurs erreurs même parfois. Piéger le spectateur, l'amener dans un sens puis son contraire pour lui laisser la place de sa propre réflexion.




Comment se passent les répétitions sur "L'impromptu de Versailles" ? De quelle manière abordes-tu ton rôle ?


Pour l'Impromptu de Versailles nous avons fait un gros travail à la table, déjà pour essayer de comprendre comment les choses s'articulent. Ce n'est pas évident car la pièce est une mise en abîme, à l'intérieur de laquelle on joue une autre pièce, à l'intérieur de laquelle on joue une autre pièce... Bref c'est un casse tête. Ce que je trouve très intéressant est le fait que nos personnages sont des personnes qui ont existé puisque c'est la troupe de Molière racontée par Molière lui même. On apprend aussi pour quelle personne il a écrit chaque rôle de son oeuvre et dans quelle circonstances. Maintenant je ne jouerai plus jamais une pièce de Molière de la même manière. C'est toute une époque, c'est aussi l'origine du théâtre que l'on fait aujourd'hui, je suis heureuse de pouvoir la découvrir profondément de cette manière. J'aime beaucoup mon personnage, je la trouve touchante et pleine d'esprit. Toute la difficulté aujourd'hui, c'est d'arriver, dans cette pièce, où nous sommes tous tout le temps sur le plateau, à trouver sa ligne, qu'elle soit claire, pour pouvoir jouer librement avec les autres, et parler de la même chose.




Quels sont tes projets pour la suite ? Vers quoi souhaites-tu t'orienter le plus ? Télé, cinéma, théâtre ?


Nous jouons "La réalité n'existe pas" avec Mélanie JAUNAY mis en scène Vincent RIVARD à Marseille pour le festival "Histoire de comptoire" dans les quartiers nord, association Les arts à part. Le 14,15,16 décembre. Puis "Electre" mis en scène Cyril COTINAUT au TNN, du 1er au 4 février. Et quelques projets pas confirmés encore donc je ne préfère pas en parler.



Propos recueillis par Ségolène Alunni.

Emma Barcaroli





EMMA BARCAROLI  

Comédienne sur Paris originaire de La Gaude (Prochainement au théâtre de la Cité dans sa création "Les Maux qu'elles taisent" les 25, 26 et 27 Novembre)



Tu as un parcours assez riche en matière de théâtre, notamment en ayant suivi les cours Florent. Qu'est-ce qui t'a donné envie de monter sur les planches ? De diriger ta vie vers le théâtre ?


Cette envie a grandi en cotoyant les plateaux. J'ai commencé à faire connaissance avec le public en travaillant la musique avec mon instrument, la harpe, puis plus tard en dansant, et enfin en tant que comédienne. Je suis entrée au Cours Florent à 18 ans, sans savoir que j'étais sur le point de découvrir ce qui allait totalement orienter ma vie et mes choix. Je me suis surprise à y rester 3 ans, au cours desquels j'ai eu l'occasion de me découvrir et de rencontrer des gens importants qui ont fait partie de mon parcours et qui sont toujours là dans mon travail. Ces années m'ont donné la possibilité de grandir en tant que comédienne mais aussi de me confronter à la mise en scène, à l'écriture. C'est là que j'ai compris où se situaient mes envies, c'est dans cette structure que ce métier est devenue une évidence pour moi et que j'ai pris conscience de l'importance de la rigueur, de la patience, de la curiosité, de la sincérité, de la capacité de travail et d'endurance nécessaires pour l'exercer. Cela fait six ans aujourd'hui que je prends un plaisir indescriptible à découvrir ce métier. Aujourd'hui j'enseigne au Cours Florent et je me revois m'y rendre pour la première fois chaque semaine en allant donner cours. A l'époque, je n'étais absolument pas sûre d'y rester...




"Les mots qu'elles taisent" est ta deuxième création. De quoi parle cette pièce et d'où te vient l'inspiration ? Qu'est-ce qui te pousse à créer ?


Cette pièce s'inscrit véritablement en écho à la manifestation pour laquelle elle sera créée : La journée internationale de lutte contre les violences à l'égard des femmes. J'ai été contactée l'année dernière par une association niçoise dont un des directeurs avait assisté en 2009 à une représentation de ma première pièce, Ca n'arrive qu'aux mortels. L'association avait le désir d'organiser un événement autour de cette journée, je leur ai proposé que ma compagnie, La Compagnie Pantai, crée un spectacle "sur mesure", en écho au thème en question. Un an après, le 25 novembre 2011, nous viendrons présenter notre Les maux qu'elles taisent au public niçois au Théâtre de la Cité. J'ai travaillé à l'écriture du texte dans un premier temps en tentant de croiser des histoires de femmes confrontées à différents types de violence. Nous nous sommes engagés, avec l'équipe artistique, à ne pas "figer" notre travail de manière à pouvoir nous enrichir des rencontres et discussions qui auront lieu au cours de la semaine du 24 octobre pendant laquelle nous serons en répétitions, accueillis par la Compagnie Miranda. Nous aurons aussi l'opportunité de rencontrer des groupes grâce auxquels nous pourrons améliorer notre travail de construction et nos recherches. La création, l'écriture, représentent à chaque une perspective de nouvelles recherches, de remises en questions et de découvertes. Les maux qu'elles taisent parlent des femmes, de leur rapport aux hommes mais aussi des hommes et de leur rapport aux femmes, des incompréhensions qui créent des ruptures, des clivages et qui appellent la violence sous toutes ses formes.



Tes 2 créations touchent le sujet délicat de la violence faite aux femmes. Pourquoi te sens-tu si concernée par ce sujet ? Est-ce important selon toi de faire passer des messages de société graves par le biais d'un support artistique ?


Je ne suis pas uniquement sensible à ce sujet, je ne me sens pas concernée par la violence faite aux femmes en particulier. En réalité, comme beaucoup, je m'interroge sur les manifestations de la violence qui est inhérente à nos sociétés. Je suis interpellée, en tant que femme mais surtout en tant que personne par ces actes de violence extrême qui surgissent sans forcément être prémédités. Je pense que nous devons prendre conscience que la violence existe en chacun de nous afin de pouvoir la maîtriser et en parler. Il faut élargir le sens du mot "violence", qui n'est pas uniquement une manifestation physique de la colère mais qui se trouve un peu partout, dans nos façons de nous observer, de nous juger, de poser des étiquettes sur les choses, sur les gens et ainsi de les stigmatiser. Les modèles que nous nous voyons imposer sont une forme de violence. Je pense que la théâtralité permet d'aborder ces problématiques là en les donnant à voir à travers le prisme du plateau qui transforme les représentations et donc les perceptions.




Qu'espères-tu provoquer chez les gens avec cette pièce ?


En général, je pense que le spectateur doit sortir d'une représentation "changé". Si le temps de la représentation lui permet de sentir une émotion ou un sentiment qui, ne serait-ce qu'une seconde, modifie sa façon de percevoir les choses, s'il a l'occasion de se découvrir tel qu'il ne se connaissait pas encore à ce moment là, alors ce sera réussi.






Tu t'exerces sur plusieurs terrains : la mise en scène et l'interprétation. Vers quoi ton coeur balance le plus ? Pourquoi ?


Le travail de mise-en-scène est un travail particulièrement intéressant car il demande une grande capacité d'adaptation, d'inventivité. Il inclut également la direction qui est pour moi la partie la plus plaisante du travail du metteur en scène. C'est une étape pendant laquelle on accompagne les comédiens dans leurs questionnements, dans leurs doutes. Chaque comédien étant différent, il faut trouver une façon de lui transmettre ses volontés qu'il puisse entendre et dont il puisse se nourrir personnellement pour travailler son ou ses personnages. En dirigeant des acteurs, on évolue énormément en tant que comédien, tout comme en donnant des cours. C'est là que l'on est obligé de trouver les mots justes, on se rend compte que l'on porte en soi ce que l'on transmets. Quant au travail de comédienne, je ne pourrai plus m'en passer. J'apprécie énormément le fait d'arriver en répétition sans avoir à penser à autre chose qu'à mon travail sur le plateau. J'essaie de me rendre le plus disponible possible afin de répondre sans attendre aux indications du metteur en scène. On se sent totalement modelable et sans autre responsabilité que celle de faire passer ce que l'on nous confie. Evidemment, c'est souvent compliqué, on passe par des moments difficiles au cours de la construction du travail mais il y a des instants magiques et uniques. Pour moi, le jeu est devenu nécessaire. Quand je ne monte pas sur le plateau pendant quelques temps, je me sens moins bien.




Aujourd'hui pour percer dans le monde du théâtre, dans quel état d'esprit faut-il être ? Quels sont tes objectifs ?


Je pense qu'il n'existe aucune règle. "Percer" ne représente pas grand chose. Je crois qu'aujourd'hui, en France, un comédien est très heureux quand il peut vivre convenablement de son métier sans avoir à intégrer des productions dans lesquelles il ne se retrouve pas artistiquement uniquement pour "cachetoner". Le fait d'exercer son métier de façon régulière et libre pour un comédien est déjà une grande chance. Je crois que c'est un métier extrêmement difficile qui demande beaucoup de ténacité, de disponibilité et de coeur. Il faut essayer de rester cohérent et fidèle à ses convictions, prendre sur soi, être patient et ne pas tomber dans l'aigreur, sans quoi ce métier peut très vite devenir violent et destructeur. Nous ne devons jamais perdre de vue notre priorité : le fait de trouver, de toucher, de surprendre le public. Je souhaite simplement continuer à avancer doucement, par étape, avec des gens qui ont une envie et un désir de transmission commun, comme je 

l'ai fait jusqu'à aujourd'hui, et toujours plus.



Propos recueillis par Ségolène Alunni.